Vie 464

[SylVie Rimlinger]

Mafami

La grande soeur
Christine 1958 – 70×35 cm – tissu et bambou
La grande sœur 1970
La grande sœur 1970 – 120×64 cm – tissu, bambou et perle
La grand-mère
La grand-mère (Julienne 1951) – 153×50 cm – tissu et bambou
Mémère Robert
La grand-mère Julienne (Mémère Robert) 1971 – 60×54 cm – tissu et bambou

Ma famille est un lai de toile brute rapiécée de tous côtés

tissage alambiqué sans logique apparente

sans harmonie visible

pièces empruntées à des coupons disparates

dont les fils ont disparu

A peine bâtie à longs points réguliers

sans patron

jamais terminée jamais consolidée

pas vraiment de forme

assemblage au jour le jour de matières et de coloris

récupérés par ci par la

immettable

Un tricot de laine fragile

dont la solidité immatérielle me surprend

fils invisibles impossibles à trancher

me voila empêtrée

Un jour j’ai quatre ans

dans la lune

je détricote tout ça

tout le très sage

je repars de zéro

tentative désesperée de pénélopisme infantile

ou bête accident

les souvenirs ont filés

en ambulance

Puis le fils est perdu

ça recommence

au bout d’autres fils

tressés en corde de pendu

Du lai de toile à la voie lactée il n’y a qu’un rêve

enfant ado je fabrique des trucs

dans ma tête

des histoires des poèmes un tas de trucs pas gais

science fiction de pacotille qui dénote

un réel besoin d’évasion

d’originalité

ce qui se conçoit bien s’énnonce clairement

mais ce qui se subit souvent ne peut se dire

Les fils de la mémoire sont tranchés nets

d’un coup de ciseaux bien propre

commence un long ravaudage

de sporadiques traces

de fille en aiguille

qui me perce qui me relie qui me recoud qui me réjouit

et m’encolère tout ensemble

Qui me détache ?

Plus tard, je cherche

je me prend en filature

monte dans la trame

pour nouer de vagues souvenirs

avec du sens

peine perdue

pauvre petite

dans la dèche

mon rouet est troué

mon métier à moitié cassé

la navette passe et repasse

dans ma tête

je ressasse

Qui me délace ?

Laisser les souvenirs

laissez-les survenir

Au lieu de délier

je commence à tisser

sans fil conducteur

je dessine

sans dessein

je tresse

je noue

j’assemble

enfin je nous ressemble

Fifty
Fifty years old – tissu, non tissé, corde et bambou

Ici sont tissés 50 ans de ma vie, dans une démarche de mise en couleurs et en relief des événements fondateurs. Naissances, accidents, décès, rencontres, suicides, maternité, voyages… figurés de façon symbolique que moi seule suis capable de dé-crypter. Insérés dans une trame joyeuse, les évènements les plus tristes et les coups durs changent de statut.

Il s’agit de refermer une fois pour toute la boite de Pandore des monstres du passé.